Cucina siciliana e letteratura : il y ceux qui mangent avec le ventre ou avec les yeux, et ceux qui mangent avec les livres. Tout l'art de l'auteur réside dans la capacité de vous faire entrer dans un monde de saveurs, d'odeurs et de plaisirs culinaires. Les exemples sont bien sur nombreux et je vous en présenterai un par mois et plus exactement le dernier jeudi du mois.

Oui, j'inaugure ma nouvelle page "Cuisine sicilienne, italienne et littérature", bien sur elle sera centrée sur la Sicile et je ne pouvais que commencer par Andrea Camilleri

 

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 écrivain, scénariste et metteur en scène, sicilien né à Porto Empedocle (province d'Agrigente) et surtout connu pour son personnage le commissaire Montalbano.

 

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Vous avez bien sur vu les téléfilms du commissaire, mais avez-vous lu les romans de Camilleri?...

Salvo Montalbano, exilé en Sicile et travaillant au commissariat de Vigata (lieu inventé par l'auteur ), est un passionné de cuisine sicilienne. Quand il mange, souvent seul et en silence, il se délecte des petits plats typiques soit préparés par sa femme de ménage Adelina, soit par Calogero, le propriétaire de la Trattoria préférée du commissaire. Dans la cuisine, c'est toute la culture, l'histoire de cette terre riche et passionnelle. 

 

Camilleri décrit souvent les plats avec précision et surtout le plat devient un élément fondamental de l'histoire. Dans "les arancine du Commissaire"(vous avez la recette ici), le protagoniste connaît la recette par coeur et en particulier celle d'Adelina qui, dans cette aventure, a de gros problèmes avec ces fils. La description de la recette est riche dans les détails, agrémentée d'adjectifs nombreux et précis.

Ou encore dans "le voleur de goûter", Montalbano adore le poisson et en particulier les rougets(ici la recette). Un épisode de cette histoire montre l'amour du commissaire pour cette cuisine quand dégustant un plat de merlans, arrive son collègue Mimmi Augello et ce dernier commande des spaghetti aux coques (recette ici). Le plat arrive et heureusement, Montalbano a fini de manger car, énorme sacrilège!Mimmi rajoute du parmesan sur les spaghetti, horreur!"Une hyène, et pourtant sachant ce que mange cet animal, aurait vomi devant", s'exclame le commissaire...

Tout est dit...Pour le commissaire, la cuisine est la vie et la vie est la cuisine...

Nombreuses sont les recettes dans les aventures du commissaire mais aussi dans d'autres livres de CamilleriMontalbano aime non seulement les plats élaborés comme "le sarde a beccafico""la caponata" ou "la pasta con le sarde" mais aussi la cuisine de rue "cibi di strada" comme "le panelle"ou "Lo sfincione".

Si vous voulez connaître un peu plus la cuisine sicilienne, sans aucun doute les livres de Andrea Camilleri et ses personnages comme celui du commissaire Montalbano sont indispensables...

 

Rendez-vous le mois prochain avec un autre grand auteur sicilien Tomasi di Lampedusa et son célèbre "Gattopardo"...

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Ce n'est pas un hasard si je vous parle du "Gattopardo"ou "le Guépard “en français en cette période pascale.

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En effet, dans ce roman de Tomasi di Lampedusa (publié à la mort de l'auteur en 1958), un passage relate le diner donné dans le somptueux palais "Donnafugata" par le Prince de Salina (joué par Burt Lancaster dans le film de Luchino Visconti) et en particulier « il timballo di maccheroni »la succulente timbale de maccheronis…On en a l’eau à la bouche…

”L’oro brunito dell’involucro, la fragranza di zucchero e di cannella che ne emanava, non era che il preludio della sensazione di delizia che si sprigionava dall’interno quando il coltello squarciava la crosta: ne erompeva dapprima un fumo carico di aromi e si scorgevano poi i fegatini di pollo, le ovette dure, le filettature di prosciutto, di pollo e di tartufi nella massa untuosa, caldissima dei maccheroni corti, cui l’estratto di carne conferiva un prezioso color camoscio”.

“La couleur or vieilli de la croûte. Le parfum du sucre et de la cannelle qui s’en dégageait, n’était que le prélude à la sensation de délice qui était à l’intérieur et dont le couteau brisait la croûte : d’abord, un fumet d’aromes qui venait des petits foies de volailles, des œufs durs, du jambon en filet, de poulet et de truffes tout ceci mêlé dans les maccheronis chauds et qui donnait une couleur  chamois précieuse »

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Que rajoutait de plus, ce plat devient une véritable œuvre d’art.

La timbale de maccheronis est servie aujourd’hui à Pâques avec quelques modifications certes mais cela reste un plat délicieux et unique en son genre…

Ce dîner somptueux fait rêver plus d’un, surtout à cette époque où la misère des paysans était grande…Le Prince de Salina aime ces banquets riches de plats en tous genres :

“Monotona opulenza delle tables à thè dei grandi balli: coralline aragoste lessate vive, cerei e gommosi gli chaud-froids di vitello, di tinta acciaio le spigole immerse nelle soffici salse, i tacchini che il calore dei forni aveva dorato, i pasticci di fegato grasso rosei sotto le corazze di gelatina, le beccacce disossate reclinate su tumuli di crostini ambrati, decorati delle loro stesse viscere, triturate, le galantine color d’aurora, dieci altre crudeli colorate delizie.”

“Opulence monotone des tables à thé des grands bals : langoustes couleur corail cuites vivantes, les chaud-froid de veau gélatineux, les bars couleur argent qui baignent dans des sauces onctueuses, les dindes dorées par la chaleur, les tourtes de foie gras enrobées de gélatine, les bécasses sur des canapés ambrés, décorées par leurs propres viscères hachées, les pâtés et dix autres plat délicieux et cruels… »

Cet étalage de plats raffinés entre en contraste avec la pauvreté des paysans siciliens. Le Prince de Salina, profondément aristocrate, veut garder à tout prix ces privilèges, sa richesse et sa condition sociale. Il n’accepte pas les changement que vit, à l’époque la Sicile (qui sera annexée au Règne d’Italie avec le débarquement de Garibaldi). Malgré la présence de son neveu Tancrède (joué par Alain Delon dans le film de Visconti) qui, lui, se ralliera aux troupes de Garibaldi, il ne changera pas et surtout n’évoluera pas…

Ce roman et aussi le film magnifique de Luchino Visconti est un hymne au baroque sicilien et ses villas superbes, aux paysages splendides, et aux parfums d’une île qui change mais comme le dit le Prince Salina après une réplique de Tancrède : "Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi»dice Tancrède: «e dopo sarà diverso, ma peggiore»aggiunge Don Fabrizio di Salina…"

« Si on veut que tout reste comme avant, il faut tout changer »mais le Prince réplique : "Après, tout sera différent mais en pire ».

 

Le mois prochain vous ferez connaissance du grand auteur sicilien Leonardo Sciascia, qui lui est un grand amateur de vins tout en ne buvant pas d'alcool...

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 Leonardo Sciascia, né en 1921 à Recamuto(province d'Agrigente) et mort en 1989 à Palerme, fut un grand auteur sicilien, à la fois journaliste. écrivain et politique.

Dans sa jeunesse, il travailla auprès du "Consorzio agrario nell’Ufficio Ammasso del grano" disons une sorte de coopérative pour le blé. Ce travail fut pour lui un observatoire du monde agricole que l'on retrouve dans un de ses livres : "Ciascuno il suo"(1966), "Chacun le sien". 

C'était une personne taciturne mais généreuse surtout avec les jeunes. Il accordait peu d'interviews, sauf si on parlait de vin sicilien...Alors que lui ne buvait pas d'alcool mais pour lui, le vin était le symbole de la terre en Sicile.

Il accepta même de retirer un prix,celui du prix Nonino en 1977 où il gagna avec son livre "Kermesse", il déclara : "le monde des paysans n'est pas mort...le jour où celà arrivera, la civilisation entière mourra..."

Mais c'était aussi un fin gourmet, il aimait beaucoup, en particulier, le chocolat de Modica

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et toute sa cuisine (Modica en province de Raguse est un village baroque magnifique).

Foto Giuseppe Figura

Photo de Giuseppe Figura

 

"Altro richiamo, per restare alla gola, è quello del cioccolato di Modica e quello di Alicante (e non so se di altri paesi spagnoli): un cioccolato fondente di due tipi - alla vaniglia, alla cannella - da mangiare in tocchi o da sciogliere in tazza: di inarrivabile sapore, sicché a chi lo gusta sembra di essere arrivato all'Archetipo, all'assoluto, che il cioccolato altrove prodotto - sia pure il più celebrato - ne sia l'adulterazione, la corruzione. 

"Le chocolat de Modica et d'Alicante, restent dans la gorge : un chocolat noir, à la vanille, à la cannelle- qu'on peut manger en morceaux ou fondu dans une tasse : d'une saveur inaccessible, celui qui le goûte pense peut être d'arriver à l'Archétype, à l'absolu seul le chocolat y parvient et peut  être aussi l'adultère, la corruption."

Il aime aussi toute la  pâtisserie de Modica : la granita au citron et les Taralli, biscuits à l'anis.

Il parle de la Sicile, de la terre des vins et il aime ses paysages rocailleux et sauvages comme dans un de ses plus beaux livres "Il mare colore del vino"(1973)(la mer, couleur vin) : "...forse l'effetto, come di vino, che un mare come questo produce: non ubriaca, si impadronisce dei pensieri, suscita antica saggezza"...

"...peut-être l'effet, comme le vin, est comme la mer : il ne saoule pas, il s'approprie de nos pensées et suscite une vielle sagesse..."

Le vin, en particulier, "Il Nero d'Avola", cultivé sur des terres de "La Noce"; territoire où Leonardo Sciascia avait une maison de campagne : “….La campagna della Noce era rigogliosa: dalle sue vigne veniva, e viene, il miglior vino che si produca nel circondario; un vino fortissimo e dolce…. e uno non finirebbe mai di bere Il paesaggio è quello della Sicilia interna: colline rocciose sparse di mandorli e olivi, di vigne…"

"La campagne de la "Noce" est florissante : on y trouve le meilleur vin ; un vin très fort et doux à la fois...et on ne peut finir de boire le paysage de la Sicile intérieure : des collines rocailleuses avec des amandiers et des oliviers, des vignes..."

Sciascia fut un auteur engagé, respectueux de la Nature et de sa Sicile natale, il a dénoncé la violence du pouvoir, la corruption, l'injustice et aujourd'hui encore on ne peut qu'y penser et le rappeler aux nouvelles générations...

 

Le mois prochain, je vous donne rendez-vous avec une écrivain Dacia Maraini, italienne mais sicilienne d'adoption et en particulier de la ville de Bagheria, la ville des villas baroques, près de Palerme...

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Dacia Maraini est une écrivaine de romans, de théâtre et aussi de poésie. Elle est d'origine sicilienne par sa mère qui vient d'une grande famille ancienne de Sicile, Gli Aliata di Salaparuta.Fuyant l'Italie fasciste, sa famille part vivre au Japon de 1938 à 1947, période où ils vivront prisonniers dans un camp de concentration. D'ailleurs, elle nous fera part de ses impressions et parlera des horreurs de cette période de sa vie dans un recueil de poèmes : "Mangiami pure"."Mange-moi si tu veux!"

Ils rentrent en Italie et en particulier en Sicile chez les grands-parents maternels où Dacia connaîtra la pauvreté et les difficultés dans les années 50. Elle partira à Rome rejoindre son père où elle connaîtra les cercles littéraires et le théâtre. Elle épousera Alberto Moravia, grand écrivain lui aussi, en 1962. Elle continue d'écrire pour le théâtre et en 1990 sort un de ses romans plus connus "La lunga vita di Mariana Ucrìa" (La longue vie de Mariana Ucrìa)et ensuite "Bagheria" en 1993, souvenirs de sa vie en Sicile. 

Elle écrira encore, des romans "Voci","buio","La nave per Kobe""Il treno dell'ultima notte" et "Colomba", succès littéraires. C'est aujourd'hui une écrivaine reconnue et engagée à travers le théatre où elle dénonce des problèmes sociaux et politiques.

La cuisine et la littérature, revenons à notre thème...

Dans ces livre, et en particulier dans "Bagheria", ville de son enfance, ville des villas baroques près de Palerme, tout est sensation, parfums, odeurs et souvenirs plus ou moins doux. Bagheria, à l'époque est une ville détruite par la seconde guerre mondiale, une ville où se mêle les parfums de jasmin, d'oliviers et de citronniers et les murs gris et détruits. Bagheria, la Sicile que son père et sa mère avaient parlé comme une terre riche, belle, colorée n'est que destruction, pauvreté et faim.

Alors, pour penser à autre chose, on imagine des plats comme les pâtes aux aubergines, comme la ricotta fraîche,

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les sardines, de vanille ou encore les pignons de pin.

Dans ce livre, elle parle aussi de son retour à Bagheria qui est douloureux et pénible mais les odeurs de jasmins et la vue de la mer l'appaise. Elle se réconcilie avec sa ville, une ville difficile où la Mafia a fait et continue à faire beaucoup de dégâts mais  en revoyant la "Villa Valguarnera" où elle a vécu elle dit : "le ripetute visite dei ladri non hanno portato via, il pianoforte dai tasti ingialliti, e intanto il gelato di Bagheria si squaglia dentro al piatto" (les vols répétés dans la maison n'ont pas emporté le piano aux touches jaunies, et en attendant la glace de Bagheria fond dans l'assiette". )

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Le temps passe, les souvenirs difficiles s'en vont petit à petit...

 

La prochaine fois, rendez-vous avec un grand auteur classique de la littérature sicilienne, Giovanni Verga, de Catane...

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Oublions les tables garnies de lasagnes, de timbales de pâtes, de poissons ou encore de cannolis, Giovanni Verga, auteur sicilien du 19ème siècle et faisant partie du courant littéraire : le réalisme, nous parle des paysans et des  pêcheurs et surtout de la famine de cette époque.

Dans ses romans, la cuisine n'est pas un rituel mais une nécessité, le pain, les oignons et le vin sont les uniques ingrédients qui peuvent soulager les hommes de la faim.

"Jeli" le berger dans "Vie dans les champs"  

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ne s'intéresse pas à la cuisson de ses aliments, il mange, "«arrostiva le ghiande del querceto sulla brace di un focherello di sarmenti di sommanco, abbrustoliva le larghe fette di pane che cominciavano ad avere la barba verde di muffa».( il faisait griller les glands d'un petit chêne sur les braises des sarments, il brulait les grosses tranches de pain qui commençaient à pourrir").

Parmi les personnages de Verga, il y a Maestro Don Gesualdo qui n'est pas si différent des autres, lui qui passe de maçon à entrepreneur puis propriétaire terrien et enfin mari d'une noble dame. Le pain est toujours au centre de l'attention. Mais il est différent, blanc pour les riches et noir pour les pauvres.

Il pane, sembra ricordarci Verga, è l’eterno assillo dei poveri, la loro primaria occupazione». (le pain, rappelle Verga, est l'éternelle préoccupation des pauvres, la première occupation")

 La soupe ou minestra est aussi au centre de l'attention et particulièrement celle des fèves et Maestro Don Gesualdo en mange une succulente " «Una minestra di fave novelle, con una cipolla in mezzo, quattro uova fresche e due pomodori ch’era andata a cogliere dietro la casa».(une minestre de fèves nouvelles avec un oignon au milieu, 4 oeufs et 2 tomates cueillies depuis peu").

Mais la cuisine des riches reste un mirage pour les pauvres, les anguilles pour Noël, la saucisse ou les maccheronis.

Verga connaît bien la cuisine sicilienne et décrit avec précision les ingrédients des pâtes au four et en particulier la sauce à la tomate maison qui parfume toutes les pages de son roman "I Malavoglia"

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Le mois prochain, vous découvrirez une écrivaine sicilienne, aujourd'hui résidant à Londres, qui adore cuisiner et qui a écrit un livre sur la cuisine sicilienne...Simonetta Agnello Hornby

 

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Simonetta Agnello Hornby, une palermitaine vivant à Londres, est une passionnée de cuisine.

D'après elle, tout se fait à table, tout se décide autour d'une table. La cuisine est, selon elle, un miroir social...

Nos sentiments sont liés à la cuisine et dans un de ses livres "La cuisine du bon goût" certaines personnes se consolent en pestant des herbes dans le mortier ou en nettoyant les artichauts. Cette réflexion lui vient après avoir souvent vu sa mère, sicilienne, cuisiner, chercher la meilleure farine ou trouver le meilleur endroit pour le basilic. Que d'amour et de passion!

La préparation des repas est bien plus qu'une satisfaction personnelle, elle devient une culture. Dans une société paradoxale où l'on recherche des produits raffinés où les grands chefs deviennent des maniaques de l'excellence mais où aussi les gens mangent rapidement et n'importe comment, Simonetta nous rappelle que la cuisine doit rester une valeur importante et stable, une espèce de code à suivre, une manière d'etre civilisé...Et tout ça avec ses souvenirs d'enfance, ses repas préparés avec amour (parfois non appréciés), les règles de courtoisie, l'élegance d'une table...

Ses souvenirs de cuisine maternelle sont si présents que dans son livre "un filet d'huile"elle décrit des recettes avec précision et parle avec nostalgie des oliviers, du parfum de café épicé("U'parrinu" : café, cacao, canelle et clou de girofle)

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ou encore du fromage "la tuma"

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, fromage frais de brebis et les "pasticiotti" farcis à la crème de cerise...

Imparavo ogni giorno piccoli accorgimenti. Un filo d’olio era prezioso in ogni frangente: rinfrescava i resti e le verdure cotte in anticipo, ancora tiepide, esaltandone gli odori; faceva “rinvenire” lo sfincione da riscaldare; trasformava in squisite pizzette le fette di pane raffermo bagnate in acqua e latte, coperte di pomodoro pelato, pezzetti di tuma e con un nonnulla di sale e origano, e passate velocemente nel forno.

(j'apprenais chaque jour.Un filet d'huile d'olive devenait précieux : il rafraîchissait les restes ou des légumes cuits en faisant ressortit les odeurs ; redonnait vie au "sfincione" ; transformait en petites pizzas des tranches de pain dur et trempées dans du lait et de l'eau, recouvertes de tomates pelées, de petits morceaux de tuma et une pincèe de sel et d'origan et passées au four pour peu de temps.)


Mais c'est pas seulement la cuisine, c'est tout ce qui tourne autour, même le travail de préparation et la vaisselle deviennent intéressants...

In realtà, tutti i lavori grossolani mi davano grande soddisfazione: scrostare pentole, griglie e teglie di biscotti con la spugnetta di ferro e stracci di sacco; pulire i lavelli; stricare le balate e lucidare le pentole di rame.

(En réalité, tous les travaux domestiques me donnaient satisfaction : récurer les casseroles, les grills et les plats avec l'éponge métallique ; nettoyer les éviers ; décrasser les plans de travail et faire briller les casseroles en cuivre.)


Les souvenirs et la nostagie sont là, la fin d'une époque (les années 50) et les rêves d'une époque révolue, d'une Sicile un peu oubliée...

Ero più che pronta a lasciare Mosè, quando venne il momento di riprendere l’aeroplano per Roma…Sentivo che mi sarebbe mancata soltanto la cucina: le mattinate laboriose, gli odori, i sapori della campagna, dall’uovo fresco ai fichi d’india

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, alla magnifica quagliata – candida e tremolante, che si scioglieva in bocca -, al pane di Rosalia.

(J'étais prête à quitter Mosè(le lieu de villégiature), quand arriva le moment de reprendre l'avion pour Rome...je sentais que seule la cuisine m'aurait manqué : les matins de travail, les odeurs, les saveurs de la campagne, d'un oeuf frais aux figues de Barbarie, à la "quagliata"-(Le lait caillé)sucrée et tendre, qui fondait dans la bouche- au pain de Rosalie.).

 


Le mois prochain, je vous ferais découvrir un autre grand auteur sicilien, Elio Vittorini.

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Bonne lecture!

Elio Vittorini, né à Syracuse en 1908 et mort en 1966 à Milan, fut un grand auteur de romans en particulier : "Conversations en Sicile" qui raconte le retour d'un homme dans sa Sicile natale.

Ce livre n'est pas autobiographique,dit-il...Ce livre est une série de rencontres particulières que cet homme fait dans le train. Quand il arrive dans son village natal, il est heureux mais sa mère,courageuse, lui rappelle la misère et la souffrance qu'ils ont vécu et qu'ils continuent de vivre. Ils mangent ensemble, un seul hareng pour deux. La famille est réunie, le père bon à rien, et le souvenir du grand-père, grand homme selon sa mère...

Il part à la rencontre de son village où il croise un"arrotino"

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, un aiguiseur de couteaux qui n'a plus de couteaux à aiguiser, un vendeur d'étoffes et l'aubergiste où il boit quelques verres de vin...et surtout un soldat au cimetière. Est-ce une rêve?Une prémonition? Le fait est que le lendemain, il apprend la mort de son frère sur le champ de batailles. La mort dans l' âme, il quitte son village, sans saluer son père...

Ce roman, onirique mais aussi engagé, nous emmène vers une Sicile pauvre et silencieuse.

"Non c’è formaggio come il nostro” répète souvent le personnage principal. Un fromage de brebis qui bien sur lui rappelle des saveurs et des odeurs de chez lui. Le pain quil'accompagne et ce fromage avec des grains de poivre, fort et rustique sont dans sa bouche, toute son enfance.

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Et cet hareng cuit sur le feu : «Andiamo in cucina… Ho l’aringa sul fuoco!». Si andò nella stanza accanto dove il sole batteva sulla spalliera di ferro scuro del letto, e di là nella piccola cucina dove il sole batteva su ogni cosa. In terra, dentro una pedana di legno, c’era acceso un braciere di rame. L’aringa vi arrostiva sopra, fumando, e mia madre si chinò a voltarla. «Sentirai com’è buona» disse. «Sí» dissi io, e respiravo l’odore dell’aringa, e non mi era indifferente, mi piaceva, lo riconoscevo odore dei pasti della mia infanzia.- Immagino non ci sia nulla di più buono, – dissi. E domandai: «Ne mangiavamo, quand’ero ragazzo?» (Allons à la cuisine...J'ai le hareng sur le feu!" elle parti dan sla pièce à coté où le soleil battait sur la tête du lit en fer et là où le soleil battait partout. Par terre, dans une palette en bois, il y avait un brasier en cuivre. L'hareng cuisait dessus, ça fumait et ma mère de dos,se pencha. "Sens comme c'est bon"dit-elle."Oui" dis-je. et je respirais l'odeur de l'hareng et ç ane m'était pas indifférent, j'aimais bien, je reconnaissais l'odeur des repas de mon enfance. J'immagine que ce n'est vraiment pas bon, me dis-je. Et je demandai : "Nous en mangions, quand j'étais enfant?"...)

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Les odeurs et les parfums, même les plus insignifiants ou même les plus mauvais, font partie de notre vie. Ils nous nourrissent tout au long de notre parcours...

 

Au prochain rendez-vous avec un poète sicilien et bagherese  Ignazio Buttita...

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 Ignazio Buttita, poète et chansonnier, est né et décédé  (1899-1997) à Bagheria(ville à coté de Palerme), la ville des villas baroques.

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Avec son reccueil "Io faccio il poeta"("Moi je fais le poète"), il reçut le prix prestigieux de Viareggio. En 2005, une fondation lui fut consacrée et l'Université de Sassari en Sardaigne porte son nom. Ses poésies sont en dialecte sicilien et traduites en italien mais aussi dans plusieurs langues comme le français, le russe, le roumain ou encore le grec.

Une de ses poésies les les plus connues Lu pani si chiama pani" parle de la condition paysanne, la pauvreté et la faim où le pain et le vin sont au centre de la vie quotidienne...La cuisine, manger est au centre de la vie et "Levategli il lavoro il passaporto la tavola dove mangia il letto dove dorme é ancora ricco..." ("Enlevez lui le travail, le passeport,la table où il mange,le lit où il dort, il est encore riche...") qui? L'émigré sicilien qui est parti en France, en Belgique pour travailler dans les minières...

Lui qu'on saluait comme "Buongiorno Poeta" aimait sa ville Bagheria et aimait manger surtout le poisson en soupe

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, le vin qu'il faisait lui même et les spaghettis avec les sardines et du fenouil (plat typique sicilien)

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. Il aimait sa maison dans les campagnes de Bagheria entourée de citronniers, de mandariniers, d'orangers et de...poules. 

Lui le poète théâtral aimait la vie, la liberté, la langue sicilienne, la culture et ses traditions et quand il se rendit à New York il écrivit à un ami : "Sergio carissimo,
sono in una terra senza amore.
Vedo solo cenere. Meglio carcerato in Sicilia che libero qui.
Da dietro le inferiate si può vedere il cielo e il nostro cielo è umano.
Ti abbraccio, tuo Ignazio"

("Cher Serge, je me trouve sur une terre sans amour. Je ne vois que cendres. Mieux être prisonnier en Sicile que être libre ici. Derrière les barreaux, on peut voir le ciel et notre ciel est humain. Je t'embrasse, Ignazio.").

 

Le mois prochain, encore un grand nom de la littérature sicilienne : Luigi Pirandello.

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Luigi Pirandello est un écrivain sicilien né à Agrigente. Ce fut un grand romancier, poète e dramaturge. Il reçut le Prix Nobel de littérature en 1934.

La Sicile reste une référence constante dans ces œuvres. Il définit la vie comme "un séjour involontaire sur la terre". On peut observer une grande interrogation sur la vie, l'individu et la société.

L'été de la naissance de Luigi Pirandello, la Sicile subit une terrible épidémie de choléra, comme vingt années plus tôt.

Dans une nouvelle, adaptée au théâtre et qui  fut sa première pièce portée triomphalement à la scène, "Cédrats de Sicile" (Lumie di Sicilia), il y donne une note particulière de son attachement à ses racines siciliennes.

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En effet, l'histoire raconte qu' un beau soir descendant d’un autre train après trois jours de voyage, arrive à l’improviste depuis la Sicile, Micuccio, modeste joueur de piccolo dans l’harmonie municipale de son village. Il se présente chez une certaine Teresina, dans une ville du Nord. Elle donne une réception. Originaire du même lieu, Micuccio avait remarqué ses talents et l’avait aidée. Depuis, c’est une cantatrice célèbre.

Cette dernière ne le remarque même pa, car comme elle est devenue célèbre elle a oublié ses origines pauvres. Déçu, il  laisse les cédrats, ces agrumes de Sicile, à la mère car, selon lui, elle n'est pas digne d'en sentir le parfum...

Déception, nostalgie et désillusion sont les thèmes de cette pièce mais aussi l'amour pour une terre qu'il trouvait parfois "vieille"...

- No, di là no! - protestò vivamente la madre Ma Sina scrollò le spalle e corse in sala gridando è - Lumìe di Sicilia! Lumìe di Sicilia! (Non, par là, non!,protesta la mère. Mais Sina haussa les épaules et courut en criant : Cédrats de sicile!Cédrats de Sicile!)

Sina la cantatrice, pour se vanter fait voir ses cédrats magnifiques et parfumés à son public malgré l'opposition de sa mère et après avoir totalement ignoré son ami...

 

Au prochain rendez-vous avec Emanuela E. Abbadessa, une écrivaine sicilienne contemporaine...

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 Emanuela Abbadessa, ce joli visage, est un écrivain né à Catane. C'est une passionnée de musique classique et en particulier de Bellini et son chef-d'oeuvre "La Norma".

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Avec son premier roman "Capo Scirocco" , elle a gagné Le Prix Rapallo-Carige en 2013.
Nous sommes à la fin du 18ème siècle et  "L’aria di Capo Scirocco è tiepida e profumata di glicine" (l'air de capo Scirocco est tiède et parfumé des glycines), Rita Agnello, une belle femme noble, aperçoit un jeune homme Luigi pauvre mais avec une voix de tenor extraordinaire.
Rita devient sa protectrice, admirative et conquise par cette voix magique. Mais Luigi est amoureux d'une autre femme, Anna, jeune et belle et quand le scirocco souffle, cette chaleur qui monte et ce chant mélodieux, c'est toute la Sicile qui s'enflamme.
La musique mais aussi les parfums d'une cuisine raffinée sont présents pendant tout le récit : une cuisine sicilienne traditionnelle mais aussi des plats réconfortants comme le bouillon de poulet pour les malades.

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La couverture du livre nous parle bien sur des figues de Barbarie qui devient un fruit sensuel, fruité et...piquant comme certains personnages du livre.
Ce roman nous fait découvrir une Sicile noble et pleine de voluptés... lo scirocco «che fa impazzire le femmine»(Ce scirocco rend fou les femmes).

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Le mois prochain, rendez-vous avec un autre écrivain contemporain : Roberto Alajmo 

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Roberto Alajmo, écrivain sicilien et journaliste, né en 1959, a écrit des romans, des nouvelles et aussi des pièces de théâtre. Ses oeuvres sont traduites en français, anglais, allemand, espagnol et hollandais.
Un de ses livres, écrit en 2010, "L'arte di annacarsi, viaggio in Sicilia", raconte le voyage en Sicile de Marsala à Messine, sur un ton un peu cynique puisqu'il préfère, dit-il, oublier les problèmes du sud de l'Italie et ne voir que les beautés qui sont aussi des stéréotypes comme le scirocco ou la charrette colorée en Sicile.
Un exemple culinaire et célèbre de la Sicile est la cassata

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qui, étant le gâteau symbole de la pâtisserie sicilienne, devient en fait un prétexte pour un certain Gulì qui, à la fin du XVIII ème siècle, avait recouvert un gâteau à la ricotta et chocolat, de fruits confits, de sucre qu'il n'avait pas réussi  à vendre et qu'il donna à une famille aristocratique de Palerme et qui devint par la suite la fameuse Cassata.
Palerme ou l'art de "annacarsi"ou "cullarsi", se laisser aller dans le temps et l'espace...oublier ou faire semblant de ne pas voir les problèmes nombreux comme la saleté des rues, les infrastructures qui croulent ou la mafia...
Puis vient Trapani où le mélange de cultures siciliennes et tunisiennes donne des plats comme le couscous de poissons. 

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«incocciare è il verso che indica la preparazione della semola, e incocciarsi è il termine che in siciliano sta ad indicare l’incontro casuale».(rencontrer est le mot qui indique la préparation de la semoule, et se rencontrer c'est le mot qui, en sicilien, indique une rencontre par hasard).
Le livre continue vers Sélinunte, Agrigente ou Sciacca. C'est aussi un voyage de rencontres comme celle avec Vincent Schiavelli, auteur sicilien et américain, qui vit à Polizzi Generosa et qui cuisine les recettes de son grand-père aristocrate La cucina era il suo regno, dove preparava «lo sfoglio, il dolce a base di formaggio fresco, cioccolato e zuccata» oppure la caponata di melanzane e cantalupo. Ma soprattutto a Polizzi si preparava «il coniglio, ricetta molto carica di svariati ingredienti, tranne uno: il coniglio medesimo. Sono grossomodo verdure lessate e saltate in padella assieme a ventresca di tonno o baccalà. Nella confusione dei sapori si coltivava l’illusione che ci fosse anche l’ingrediente mancante, quel coniglio che invece era roba riservata ai ricchi». ("La cuisine était son règne, où il préparait "Lo sfoglio", dessert à base de fromage frais, de chocolat et de fruits confits, ou la caponate d'aubergines et le melon. Mais surtout à Polizzi, on prépare le lapin, recette riche d'ingrédients : légumes cuites et sautés dans la poêle avec de l'intérieur de thon et de morue. Dans ce mélange de saveurs, on cultivait l'illusion qu'il manquait l'ingrédient principal, le lapin qui était en fait réservé aux riches").

coniglio-stemperata_webBlog "L'eco del gusto"

L'art de s'arranger avec les ingrédients, de camoufler les saveurs...
Le voyage continue vers Pantelleria et son célèbre raisin "zibibbo" d'origine arabe puis on revient sur Castelbuono, qui, selon l'auteur, est la capitale gastronomique de la Sicile avec une trentaine de restaurants qui "consente al gestore del bar di tagliare direttamente sulla piazza di Castelbuono i suoi dolci alla manna e offrirli ai passanti in golosa degustazione».(" permet au propriétaire du bar de trancher, sur la place de Castelbuono; les gâteaux "Dolci alla manna" et de les offrir aux passants pour une dégustation gourmande")...
Puis vient Catane, ses poissons et «pane caliato, duro con cui accompagnano le insalate». ("pain dur qui accompagne les salades"). 
L'auteur parle aussi des vins de Sicile qui ont eu un parcours tortueux mais finalement aujourd'hui connaissent un certain succès...
Il parle de la délicatesse et l'onctuosité du chocolat de Modica...

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pour finir avec Raguse et Messine.
Un voyage pas si facile qu'il en a l'air mais faisable et surtout enrichissant...
Le mois prochain, un grand poète sicilien, Salvatore Quasimodo

220px-salvatore_quasimodo_1959Salvatore Quasimodo, prix Nobel de Littérature, est un poète dont l'oeuvre illustre toutes les couleurs de la Sicile, ses poésies expérimentales, inspirées de la mythologie et de ses souvenirs d'enfance sont nostalgiques et parlent d'émigrants siciliens. Ses textes sont chargés d'émotions, de sentiments et de passions.

Son style reste dans l'ombre de la Sicile : 

“…Il vento, a corde, dagli Iblei dai coni
delle Madonie strappa inni e lamenti
su timpani di grotte antiche come 
l’agave e l’occhio del brigante…”
(Le vent des monts Iblei et des Madonie arrache des hymnes et des plaintes sur les tympans des grottes comme l'agave e l'oeil des brigants..."
Toute la Sicile, sa nature est présente...
Le mois prochain, Giuseppina Torregrossa, une écrivaine sicilienne...

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Née à Palerme, Giuseppine Torregrossa est une écrivain qui vit aujourd'hui entre Rome et Palerme.

Un de ses romans "Panza e prisenza"écrit en 2012 parle d'une belle amitié entre 3 policiers, 3 personnages au caractère bien différent.

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Le roman se passe à Palerme en pleine fete de Sainte Rosalie (patronne de la ville) où le vie della città dei gusci crocchianti dei babbaluci e in riva al mare..." (les rues de la ville avec ces coquilles croquantes des escargots, au bord de la mer...".

Ils se retrouvent souvent autour d'une table, se racontant leurs affaires en cours et un jour un des policiers Sasà demande à Marò, qui est une femme : "Che ti porto?” chiede lui ogni volta, “Panza e prisenza” risponde lei decisa, cioè: solo te stesso e il tuo appetito." ("Qu'est-ce qui t'amène?, lui demande-t-il à chaque fois. Elle, bien décidée, lui répond ; "Le ventre et la présence, c'est à dire : toi meme et ton appétit.").

D'où le titre du livre...Et à chaque fois qu'ils se voient, Marò, excellente cuisinière, lui prépare une recette délicieuse mais pleine d'ambiguités...Et s'ensuit un jeu de séduction assez dangereux...Et en plus, il fait très chaud, c'est l'été...

Toutes les recettes sont détaillées dans le livre comme  la ‹‹pasta alla paolina››(des pâtes avec de la sauce tomate aromatisée à la cannelle et clou de girofle, avec des sardines salées, du chou-fleur (facultatif) et du basilic)

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, la ‹‹pasta ch’i sardi a mari›› (à la place des sardines fraîches, on utilise des sardines salées)

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Photos de "Ricette di Sicilia",

et i ‹‹babbaluci con sugo››(escargots en sauce)

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, Photo de "Cook around"

Ce roman policier a plein de couleurs, couleurs de la Sicile, orange vif et noir comme un thriller.

Plein de parfums, ce livre nous enivre et la fin , douloureuse, nous rappelle que la justice en Sicile est difficile à obtenir. Mais comme les protagonistes, les Siciliens ne baissent pas les bras et s'accrochent à leur terre qu'ils aiment comme "le ventre et la présence".